Le principe essentiel qui prévaut à la mise en place des résidences et au choix des villes et quartiers est un principe de compagnonnage entre (ScU)2 et des collectifs d’artistes d’autres villes, à travers le monde. Le processus des « Scénographies Urbaines », à ce jour, s’est développé ainsi : la rencontre du Cercle Kapsiki, collectif de cinq plasticiens basés à Douala donne lieu aux premières « Scénos » dans le quartier New Bell, fin 2002. Puis Aliaa El Geredy artiste égyptienne invitée à Douala, propose une seconde version des « Scénos », avec Gudran, collectif dont elle fait partie, à El Max, faubourg d’Alexandrie (sept 2004). A la même époque la rencontre à Kinshasa du collectif Eza Possibles, engage le projet des « Scénos » de Lingwala, qui ont lieu fin 2006. Là, Dorothée Kreuzfeldt, artiste sud africaine invitée, membre du Joubert Park Project de Johannesburg suggère un nouveau rendez-vous, d’où les « Scénos » qui auront lieu en février-mars 2009 à Doornfontein. Il s’agit là d’un processus organique né d’un travail en réseau qui se construit non pas de l’extérieur, mais à partir de réels partenariats, d’échanges d’idées, de principes éthiques, de travail entrepris en équipe et ouvert à des multiples possibilités. Cette organicité est l’un des aspects qui fait des « Scénographies Urbaines » un projet singulier aussi bien pratiquement que théoriquement. Un autre aspect clé des « Scénos » est le fait que les résidences sont intégralement co-réalisées avec les collectifs locaux. Point de hiérarchie(s) ou d’imposition(s) de l’extérieur. Fondamental aussi : nous prenons le temps qu’il faut pour que cette parité soit effective (entre 2 et 4 ans de préparation). Ce sont ces principes qui rendent possible l’accès et la vie dans les contextes urbains où se déroulent les résidences, contextes à priori difficiles à aborder tant pour des étrangers que pour nombre d’artistes locaux qui, souvent, n’y sont jamais intervenus.
Le cadre artistique des résidences est celui de croisements de points de vue sur les espaces urbains. A New Bell (Douala), El Max (Alexandrie) ou Lingwala (Kinshasa), il s’agit de lieux non traversés par des regards venant de l’extérieur (qu’il s’agisse de regards « étrangers » au sens premier du terme, ou de regards d’autres citadins que l’on pourrait espérer voir se diriger vers ces quartiers mais qui, pour une variété de raisons, sont absents). Ces quartiers où se tiennent les « Scénos » sont pourtant des espaces où vivent et travaillent et dont s’inspirent des artistes dont l’importance, l’originalité et la singularité des approches sont reconnus, tant localement qu’à l’étranger. Ce ne sont cependant pas les lieux où ils exposent. Le fait d’organiser des résidences dans ces quartiers, d’y vivre tous au jour le jour (c’est là une règle de base des « Scénos »), d’y livrer des regards, points de vue singuliers et divers, devenus propositions artistiques, à des publics locaux qui n’ont en général pas accès à ce genre de pratiques, est une manière de mettre en exergue ces territoires urbains. Il s’agit de prendre en compte et de mettre en valeur une existence, pleine de potentiel mais trop peu soulignée, qui est le patrimoine de ces quartiers souvent marginalisés et, ce faisant, de rendre possible et visible des aspects de leur vie qui, autrement, n’auraient sans doute pas vu le jour.
Pourquoi avons nous appelé le projet « Scénographies Urbaines » ?
C’est le concept et le dispositif de la résidence que nous pensons ici d’ordre scénographique, (et non les actes d’artistes). C’est en tant que pratique du point de vue matérialisé dans l’espace (historiquement le dispositif théâtral), et réflexion sur la position du spectateur que l’analogie avec le lieu théâtral et la pratique scénographique (notre pratique d’origine) nous semble ici opérante. C’est le fait de déployer un espace-temps « extra quotidien », une mise en (re)présentation (entre présentation et représentation) et un ensemble de regards entre proximité et distance (entre les artistes vivant sur place et les artistes invités) sur un territoire urbain qui constitue la dimension scénographique. C’est aussi le spectateur à différents niveaux de positionnement (spectateur, témoin, visiteur…), allant des habitants du quartier aux personnes extérieures à celui-ci, sur les actes posés par les artistes qui fait l’objet d’une attention particulière. Tous enjeux qui sont au centre de ce qui constitue aujourd’hui le « champ scénographique », bien au-delà de la seule pratique théâtrale. Le parallèle entre lieu théâtral et ville renvoie à un autre enjeu du projet : les actes posés par les artistes dans l’espace urbain, ce qu’ils déclenchent en termes d’expériences vécues à la fois collectivement et par chacun, fabriquent, ne serait-ce que momentanément, de l’espace public. Soit l’espace urbain comme un lieu de possibles communs, d’imaginaire au delà des pratiques et usages quotidiens (voir à ce sujet le texte publié par Dominique Malaquais dans le numéro 73 d’Africultures, sur les « traces » de la résidence de Douala).
« Belleville sur Monde » (titre provisoire)
« Pourquoi Belleville ? J’y vis, certes, mais au-delà, la particularité ici ce sont les populations qui y habitent, mes voisins. Une des raisons pour lesquelles je suis venu ici est liée au fait que j’ai du plaisir à cotoyer des populations étrangères (avatar de perception exotique ?). Nous nous cotoyons, croisons, frôlons dans la rue, mais il devient vite évident que les parcours, les points de repère, les pratiques ne sont pas les mêmes. Il suffit qu’un ami étranger, congolais par exemple, m’emmène circuler dans le quartier pour que je découvre des circuits parallèles et me rende compte à quel point l’espace qui semble nous rassembler est tout autant celui qui nous éloigne. Quelles sont les logiques de territorialisation et de division de l’espace selon les personnes, les communautés, les origines, comment s’organisent et se dispersent les repères, communs ou non ? Au delà d’une vision, pas tant superficielle que marquée par un réseau qui reste très français et qui détermine pour l’essentiel ma relation au quartier, qui y a t’il, que se passe t’il ? Que sont les vies des personnes étrangères qui vivent ici ? (Et d’abord qui est étranger et qui ne l’est pas ?) Quelle est par exemple la nature des liens avec les pays d’origine ? Comment suis-je perçu, comment une ville comme Paris se configure t’elle dans l’imaginaire des gens en lien avec leur vécu, leurs expériences et leurs difficultés, l’endroit d’où ils viennent, leurs aspirations… » JcLanquetin
A première vue, les « Scénographies Urbaines » pourraient sembler ne concerner que des villes d’Afrique. Ce n’est pas le cas, d’où « Belleville sur Monde », prochaine étape du projet après Johannesburg. Il s’agit d’inscrire dans le quartier de Paris/Belleville une résidence, dans un principe similaire à ce que les « Scénos » ont accompli jusqu’à présent, à ceci près que cette fois (ScU)2 sera le collectif d’accueil (Jean-Christophe Lanquetin habite à Belleville) au lieu d’être le collectif invité. Tout comme les collectifs d’artistes avec qui nous avons travaillé l’ont fait lors des précédentes résidences, nous ouvrirons le territoire urbain dans lequel nous vivons aux regards extérieurs d’artistes venus d’ailleurs. Nous inviterons les collectifs impliqués à passer du temps en résidence à Belleville afin d’y faire des propositions de stratégies d’interventions dans l’espace public en lien avec les habitants du quartier, et d’artistes qu’ils souhaitent inviter. Les modalités pourront varier selon les collectifs, très différents tout comme leurs villes d’origine (Kinshasa, Douala, Alexandrie, Johannesburg). Ces résidences prépareront les scénographies urbaines proprement dites, qui rassembleront fin 2010/début 2011, durant un mois, l’ensemble des participants au processus.
Rien de cela n’est anodin, et les questions, dans le monde à la fois de plus en plus « global » et de plus en plus atomisé où nous vivons, sont d’une importance fondamentale : comment perçoit-on Paris depuis Kinshasa, Douala ou Johannesburg ? Et que voit-on et vit-on à Paris lorsqu’on est artiste et qu’on vient de Kinshasa, Douala ou Johannesburg ? D’une ville à l’autre, d’un endroit à l’autre du monde, le jeu avec les perceptions et représentations qui se construisent autour d’une ville, d’un quartier, a toujours été au cœur du projet des « Scénographies Urbaines » mais cette fois-ci la nouveauté vient du fait que c’est une ville européenne qui sera regardée par des artistes du continent africain et d’ailleurs. La logique (dominante depuis la Renaissance européenne) qui voudrait que ce soit le regard du « Nord » qui prime sur – et qui dise – le « Sud », sera donc inversée. Mieux, ses fondements même seront activement interrogés et mis en cause.
Un texte de Georges Perec, « Approches de quoi ? » fonde les « Scénographies Urbaines ».
Il ouvre vers les vastes questions qui traversent ce projet, mais de manière un peu « décalée », par le banal et le quotidien, par les choses et expériences communes, par les pratiques et les similitudes, non par la différence, la race ou la culture : "Interroger l'habituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l'interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s'il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s'il n'était porteur d'aucune information (...). Mais où est notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ? Comment parler de ces "choses communes", comment les traquer plutôt, comment les débusquer, les arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu'elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes ? Peut-être s’agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie : celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l’exotique, mais l’endotique" (in Georges Perec, « L'infra Ordinaire »).
Ce qui précède souligne l’importance d’un aspect des « Scénos » : la logique d’immersion que nous mettons en place et qui veut que les invités vivent dans le quartier, y passent un temps réel. Le procédé ici proposé est d’explorer, et pour nous d’accepter, que ces explorations interrogent (sans pour autant juger), au delà des apparences. Belleville est notre infra ordinaire, un quartier multi culturel, hétérogène, un espace urbain qui rassemble des populations extrêmement diverses et où les croisements sont depuis longtemps quotidiens. Mais justement, croisements, ou simples côtoiements ? Un procédé qui veut que ces regards invités, chargés de leurs propres histoires et perceptions, se posent sur nos évidences et donnent lieu à des actes qui déplacent nos espaces, nos repères. Les nôtres, mais aussi ceux des collectifs et artistes invités - regards posés sur nos vies et sur ce qui se passe en France, imaginaires que ces regards soulignent ou infirment pour ceux qui, un moment, choisissent de se joindre à nous. Les représentations que se feront ces derniers de Belleville seront sans doute radicalement différentes et multiples, car vues de points de départ fort variés (Douala, Kinshasa, Johannesburg…).
Un exemple, que pourront étayer de nombreux autres : l’imaginaire de « mikili ». Mokili veut dire « le monde » en Lingala. On en parle à Kin et dans la diaspora congolaise de Belleville et d’ailleurs pour faire référence à l’Europe et, de façon plus spécifique, aux grandes villes de France et de Belgique. Mikili n’a rien de simple. Beaucoup de jeunes congolais rêvent d’y avoir accès, mais cet accès passe par de nombreuses et complexes tactiques qui décentrent l’Europe : elle n’est plus telle, seule, qu’elle se veut ; elle devient une panoplie d’Europes, perçues de multiples façons par des publics et des utilisateurs que, bien souvent, l’Europe de l’U.E. préférerait ignorer. Il résulte de cela une richesse qui va bien au-delà du métissage (terme sur utilisé si jamais il en fut…) et qui pose les jalons d’une réelle culture du transnational, du global. A Douala, on trouve des parallèles certains à cette vision, mais aussi un regard explicitement tourné vers d’autres ailleurs qui, paradoxalement, sont présents aussi à Belleville : l’Asie, les Caraïbes, les Amériques. A Johannesburg, la donne est à la fois connexe (la ville et le pays tout entiers ont un regard vers l’extérieur) et radicalement différente (l’histoire de l’Afrique du Sud fait de cette ville internationale et cosmopolite qu’est Johannesburg une ville simultanément, et parfois fort étonnamment, tournée sur elle-même – peu ouverte à ce qui vient de l’extérieur, surtout si cet extérieur est africain). Ces imaginaires croisés – du monde et de la place qu’on y occupe – constituent un excellent point de départ pour travailler les questions de multi focalité, de diversité des points de vue en tant qu’artiste qui sont au cœur même des « Scénographies Urbaines » .
Les enjeux politiques, éthiques et historiques du moment en France au regard de la place et du rôle des populations d’origines culturelles du territoire de Belleville sont aussi au cœur du projet : immigration, intégration, liens « Nord » / « Sud », place d’un multi culturalisme constitutif, également, des identités européennes, etc. Car, malgré l’omniprésence d’un grand nombre de populations étrangères installées en France et d’une apparente diversité culturelle, nous vivons dans un monde qui reste très européano-centré. Or il suffit de voyager régulièrement pour se rendre compte de la méconnaissance que, vue d’ici, nous avons du monde, monde qui, chaque jour, s’affirme plus multipolaire, riche de la force des émergences en cours. Cela rend d’autant plus intéressants, voire urgents, les décentrements et croisements de regards sur nos repères et notre histoire auxquels aspirent les « Scénographies Urbaines ». L’« inversion » des points de vue - le refus de champs normatifs - que demande les « Scénos » nous mettra ainsi dans la situation des « autres », sous le regard d’artistes de pays que l’on dit du « Sud », ou émergents. Cela nous permettra à tous – participants et publics, d’où qu’ils viennent - de sortir de schémas dans lesquels en Europe en général, et en particulier en France, on reste encore bien trop souvent cantonné. Au mieux on interroge l’impact du « Nord » sur le « Sud », sans accepter (ni même réellement envisager) d’être mis en question autrement qu’au moyen de nos propres repères. Or aller vers de l’être ensemble en tant qu’humains dans le monde fondamentalement inégal et pourtant commun qui est le nôtre, c’est d’abord entreprendre un travail sur nos propres centralités, à commencer par le fait d’accepter et de travailler avec des vues du monde qui mettent en doute nos systèmes de pensée. Ce projet aspire à son échelle, modeste, à participer à ce travail.
Il s’agit lors du processus collectif que sera cette résidence d’aller au delà du « nous » et des « autres ». Il s’agit de « vivre ensemble » et de travailler en commun dans et sur un même territoire. C’est une manière d’aller au delà de ces formulations des relations interculturelles qui restent, souvent insidieusement, fondées sur l’idée de la différence et sur le fait que certaines de ces différences seraient irréductibles. Nous souhaitons ici aller vers toute la complexité de l’hybridité et du quotidien partagé, de l’infra ordinaire dans la prise en compte de ces différences non pas en tant que barrières, mais en tant que multiplicités complémentaires. Les expériences de Douala, d’Alexandrie, de Kinshasa sont probantes et nous servent ici d’exemple, de base d’action et de réflexion. Vivre ensemble durablement dans un territoire urbain, celui des artistes avec qui le projet s’est construit, déplace chacun par le partage d’une forme de banalité quotidienne et multiplie les perceptions et les repères des uns et des autres, perceptions et repères habituellement fondés sur des barrières culturelles ou sociales imposées par un système qui tend à fragmenter et, ce faisant, à appauvrir notre monde, notre « mikili », qu’il soit africain, européen, asiatique ou américain. Il ne s’agit pas de minimiser la complexité et la dureté des écarts et situations (niveaux des vie, histoires, systèmes…), ni de minimiser les tensions possibles (et parfois fort constructives), mais d’aller ensemble de l’avant vers des questions, des constats, des proximités et des distances, et surtout de développer des processus de création, de poser des actes. Il s’agit de débattre, il s’agit d’échanger. Et précisément, le fait que nous soyons un collectif d’artistes le temps du projet est une manière de (re)construire un microcosme, une échelle, celle de nos hybridités partagées dans l’espace- temps des dispositifs que nous inventons.
Il s’agit d’aller au devant des publics, d’impliquer les habitants du quartier, les populations d’origines différentes comme témoins et participants aux projets. Nous demanderons aux artistes de construire leurs propositions en articulation avec les lieux, les habitants, leurs tactiques de vie, leurs espaces, leurs imaginaires, leurs pratiques culturelles (ce qui nécessite un important travail de documentation préparatoire). La manière dont nous pensons la relation aux spectateurs est particulière : les habitants du quartier sont ici autant témoins que spectateurs et, en fin de compte, acteurs. Les projets sont menés avec eux, « sous leur regard ». Lors des résidences précédentes, les spectateurs extérieurs au quartier étaient frappés par cette complexité des niveaux de public. Les habitants étaient dans un entre deux, à la fois spectateurs des propositions et concernés au premier chef par celles-ci, donc actifs dans leur manière d’en faire expérience. Il ne s’agit donc pas de publics à qui le projet et les artistes apporteraient quelque chose, en l’occurrence un événement culturel (de préférence facile d’accès), mais de personnes qui font expérience d’un acte d’artiste et influent sur celui-ci. Ils le font « dans la consistance de leurs voisinages » (Jean Toussaint Dessanti), soit collectivement dans un même espace-temps, soit (ou simultanément) singulièrement, en la liberté qu’ils ont de se positionner mentalement et physiquement dans un écart par rapport à l’objet regardé. Jacques Rancière parle de « partage de sensible » pour décrire cette manière de penser la place du spectateur hors des dispositifs d’éducation et de contrôle en tout genres. Dans une optique connexe, le projet n’aspire à aucune « efficacité », qu’elle soit pédagogique, culturelle, sociale, sinon celle que les participants à l’expérience voudront bien, eux, en tirer. Et lorsque le dispositif fonctionne, ce qui fut clairement le cas à Douala et à Kinshasa, quelque chose d’une organicité entre les actes d’artistes, les gens et le territoire urbain dans lequel tous sont inscrits peut apparaître, contrairement au scepticisme des discours convenus sur la difficulté des dits actes.
Commissariat et scénographie seront menés collectivement et iront de pair. Ils auront pour enjeu de travailler à rendre lisibles les jeux et déplacements de focales, leur multiplicité, les lignes de tensions/questions, les points de convergence qui naîtront de l’« inversion » « sud-nord » proposée par le projet dans les actes, dans les propositions, dans les modes d’interaction avec l’espace urbain. Nous tenterons aussi de rendre lisibles un certain nombre d’interrogations sur les pratiques et codes « occidentaux » de l’art contemporain (ce que les « Scénographies Urbaines » tentent de faire où qu’elles soient), la manière dont ils tendent à façonner les pratiques émergentes et les espaces que déploient les artistes à la fois pour s’y inscrire et pour s’en extirper.
Une dynamique de réseau sera au cœur de la forme que nous donnerons au projet. Visibilité simultanée dans le quartier et à l’extérieur durant la résidence, notamment via l’Internet. Cela permettra que des projets associent dans un même espace-temps différents territoires et leur donnera une présence visible dans l’espace public au sens large du terme : Kinshasa et la scène artistique émergente, Johannesburg où lors de la résidence de février/mars 2009 nous allons mettre en place des événements en réseau, Douala, d’autres villes (dont plusieurs villes d’Asie). Réseaux en connexion avec des réseaux déjà existants dans le quartier, connexions économiques, culturelles, de constructions de l’imaginaire avec les communautés dont seront issues les participants au projet. Le projet sera caractérisé aussi par la grande diversité des formes et des pratiques, des modes d’intervention. Ce que, là aussi, les « Scénographies Urbaines » ont toujours fait.
(ScU)2 aura donc en charge la relation au quartier et l’accueil de la résidence. Il lui faudra entreprendre un travail préliminaire de repérage urbain et de documentation pour acquérir une connaissance précise du quartier, de qui y vit et de ce qu’il s’y vit. Il s’agira du même genre d’approche mise en place aujourd’hui à Johannesburg pour les « Scénographies Urbaines » de Doornfontein. A cet effet, pour le projet de Belleville, nous souhaitons lancer un programme de résidences préparatoires sur 18 mois (à partir de 2009) en invitant en amont des artistes des trois collectifs (ainsi que d’autres) à construire des expériences in situ et poser des jalons pour la résidence finale. Ceci afin d’amorcer dans la durée la relation au quartier et expérimenter le dispositif, tout comme, en amont des résidences précédentes les artistes de (ScU)2 ont pu prendre le temps de cette présence préparatoire et durable, si essentielle aux compagnonnages.
Le territoire privilégié sera entre le métro Belleville et le métro Pyrénées (le périmètre exact sera défini dans les mois à venir), mais des résonances pourront s’inventer un peu au-delà, avec le théâtre Paris Villette, l’Atelier du Plateau (compagnons de route des « Scénographies Urbaines »), le Plateau, la Maison des Métallos…
(ScU)2 / Décembre 2008